Educazione americana



Le patriotisme selon l’interprétation d’Emma Goldman.

Emma Goldman

La réflexion politique d’Emma Goldman (1869-1940), tout comme sa pratique, a inspiré certains des intellectuels antagonistes américains contemporains les plus célèbres, dont Noam Chomsky. Parmi les interventions de la penseuse anarchiste, celle concernant le patriotisme de 1910 semble particulièrement significative. Selon Goldman, le patriotisme n’est pas seulement un sentiment lié au lieu de naissance, mais représente un profond sens d’appartenance qui s’enrichit et évolue avec les expériences de la vie. Il pourrait être vu comme un lien ininterrompu qui nous amène à valoriser et à contribuer au bien-être de la communauté qui nous a formés, reconnaissant en même temps la complexité d’un monde interconnecté qui défie les frontières traditionnelles de l’identité nationale. Cependant, le patriotisme peut être transformé et corrompu lorsque les lieux de notre enfance perdent leur innocence et deviennent des sites de travail ou de souffrance.

Emma cite le Dr. Johnson, qui définit le patriotisme comme le dernier refuge des canailles, et Léon Tolstoï, qui le voit comme une justification pour l’entraînement militaire à grande échelle. Mais la penseuse anarchiste va bien au-delà de cette critique, comparant le patriotisme à la superstition religieuse, affirmant que les deux sont nés de l’incapacité de l’homme à expliquer les phénomènes naturels et que le patriotisme est une superstition maintenue en vie à travers des mensonges et des faussetés, qui privent l’individu de sa dignité et fomentent l’arrogance et l’égoïsme.

Le patriotisme peut être manipulé pour justifier des actions injustes et peut déformer les valeurs fondamentales de l’individu. Au lieu d’être un sentiment pur et unificateur, il peut devenir un outil dans les mains de ceux qui cherchent à exercer du pouvoir ou à exploiter les autres, perdant ainsi son sens originel et devenant un véhicule d’aliénation et de perte de l’identité personnelle. Lorsque le patriotisme devient un outil de pouvoir, il se transforme en une croyance, un mythe qui finit par diviser le monde en petits lots séparés par des clôtures de fer.

Pour Goldman, l’approche du patriotisme peut conduire à une vision étroite du monde, où l’identité nationale prévaut sur l’humanité partagée et justifie la violence et la guerre. Elle cite des exemples historiques de l’utilisation du patriotisme pour justifier des actions oppressives, ainsi que l’augmentation exponentielle des dépenses militaires des grandes puissances, montrant que les dépenses militaires ont été un indicateur clair de ce phénomène.

Goldman critique également le renforcement militaire, soulignant qu’il n’est pas dû à des menaces extérieures, mais plutôt à une pe ur interne et au mécontentement parmi les masses ouvrières. Elle décrit les élites comme de habiles manipulateurs de la psychologie de masse, comparant la population à un enfant qui peut être distrait et rendu heureux avec des jouets éclatants et colorés, en l’occurrence des démonstrations militaires.

Goldman dénonce la spectacularisation du pouvoir militaire et son utilisation comme un outil de distraction de masse. Elle critique l’utilisation des fonds publics pour des démonstrations de force qui visent à apaiser le mécontentement interne et à renforcer le contrôle des élites, plutôt que de diriger ces ressources vers l’amélioration des conditions de vie de la population. Elle souligne que l’armée et la marine peuvent devenir un refuge pour des individus enclins au crime, créant un cercle vicieux.

L’autrice aborde également l’entraînement militaire, considéré comme un processus de dégradation de l’individu, forçant les soldats à saluer et à obéir aveuglément à leurs supérieurs. Elle mentionne les recherches de Havelock Ellis sur l’aristocratie et la prostitution masculine dans les régiments, suggérant que ces pratiques sont plus répandues qu’on ne le reconnaît généralement.

Enfin, Goldman évoque l’importance de la littérature anti-patriotique pour éveiller la conscience des soldats sur les horreurs de leur profession, suggérant que cela peut les amener à s’identifier aux travailleurs plutôt qu’au patriotisme qui justifie leur existence. Elle exprime l’idée que, en démantelant le mensonge patriotique, on ouvrira la voie vers une fraternité universelle et une véritable société libre, où toutes les nationalités seront unies. Dans son discours, Goldman souligne l’impact destructeur de l’utilisation manipulatrice du patriotisme, en particulier sur la classe ouvrière et les soldats. Elle observe comment les dépenses considérables pour les spectacles et célébrations patriotiques auraient pu être utilisées pour soulager la faim et le chômage. Elle critique l’ironie d’une nation qui se proclame amoureuse de la paix mais qui se réjouit à la vue de navires de guerre, comparant cette excitation à une forme morbide de joie face à la violence.

Goldman ne mâche pas ses mots en remettant en question la fierté nationale des États-Unis à devenir la nation la plus puissante sur Terre, ce qui semble impliquer la domination sur d’autres nations. Le patriotisme est décrit comme nuisible, tant pour le citoyen ordinaire que pour le soldat, ce dernier étant vu comme une victime de la superstition et de l’ignorance, destiné à servir et à être exploité en temps de paix, et à risquer sa vie en temps de guerre.

L’autrice aborde également la question de la conscription obligatoire en Europe, qui a généré une profonde haine contre le militarisme à travers toutes les classes sociales. En Amérique, bien qu’il n’y ait pas de conscription obligatoire, elle souligne l’existence d’autres formes de pression économique poussant les gens à rejoindre l’armée. Pendant les périodes de dépression économique, l’enrôlement peut sembler être l’une des seules options disponibles pour beaucoup, ce qui amène Goldman à conclure qu’il est préférable de vagabonder à travers le pays à la recherche d’un emploi ou même de souffrir de la faim plutôt que de servir dans l’armée.

Goldman fait référence à un sentiment croissant de solidarité internationale parmi les travailleurs de différentes nations, unis par une cause commune contre l’oppression et l’exploitation. Elle mentionne le refus des soldats du Commune de Paris en 1871 de tirer sur leurs compatriotes, suggérant qu’un esprit similaire pourrait animer les soldats d’aujourd’hui à se rebeller contre leurs oppresseurs internationaux.

En conclusion, Emma Goldman voit dans le patriotisme, lorsqu’il est dévoyé en militarisme et en instrument de contrôle, un obstacle majeur à la liberté et à l’égalité. Son appel à une prise de conscience et à un engagement en faveur de la paix et de la solidarité internationale demeure un message puissant et pertinent, même de nombreuses années après ses écrits.